Brouilly en cave : quels millésimes ouvrir aujourd’hui, lesquels garder ?
Au pied du Mont Brouilly, à la croisée de la tradition et de la modernité, s’étend un des crus les plus reconnus du Beaujolais : le Brouilly. D’une accessibilit...
Au premier regard, Régnié pourrait presque se fondre dans la constellation des crus du Beaujolais, mais il s’en distingue pourtant avec panache. Officiellement reconnu comme cru en 1988, il est le dernier à avoir rejoint la prestigieuse famille des dix crus.
Cela en fait le « benjamin » du Beaujolais, mais aussi l’un de ses visages les plus attachants, à la croisée de la tradition et de l’audace contemporaine. Pour comprendre pourquoi Régnié est couronné du double titre de plus jeune et « plus moderne » des crus, il est essentiel de plonger dans son histoire singulière et dans la manière dont il incarne un renouveau à la fois stylistique et humain.
Longtemps assimilé, voire confondu, avec le cru Morgon voisin, Régnié n’a cessé d’affirmer sa différence. Dès le XIXe siècle, les vins de Régnié étaient déjà réputés localement, mais ils étaient vendus sous d’autres appellations ou simplement comme Beaujolais-Villages.
La reconnaissance officielle, obtenue en 1988 après de longues démarches collectives, résulte d’une mobilisation exemplaire de vigneronnes et vignerons désireux de défendre la singularité de leurs parcelles : sols granitiques roses spécifiques, expositions orientées sud et ouest, et microclimat tempéré par la proximité de la Saône. Aujourd’hui, Régnié couvre un peu plus de 400 hectares, répartis sur les villages de Régnié-Durette et Lantignié.
Officiellement né à la fin des années 1980, Régnié a eu la chance d’attirer dès le départ des vignerons formés hors du giron familial, sensibles à la diversité des terroirs mais aussi soucieux de renouveler les pratiques.
Début 2000, une nouvelle vague de jeunes exploitants, diplômés de viticulture ou venus d’autres horizons, a insufflé une énergie inédite, multipliant les expériences en vinification naturelle, en culture biologique ou biodynamique. Plus de 20 % des surfaces de l’appellation sont aujourd’hui conduites en agriculture biologique ou en conversion, soit l’un des taux les plus élevés du Beaujolais [Source : Inter Beaujolais].
Ce renouvellement humain se traduit aussi par une ouverture aux influences extérieures, à l’expérimentation et à la communication directe avec le public, via les réseaux sociaux ou des évènements comme la Fête des Régniévores.
Régnié se distingue par la souplesse de son cahier des charges et la liberté laissée aux vignerons. S’ils sont fidèles à la vinification traditionnelle en grappes entières et à la « macération carbonique » chère au Beaujolais, nombre d’entre eux travaillent également sur des fermentations plus longues, parfois en vendange égrappée ou en cuve béton, en amphore ou en fûts d’occasion, loin de la caricature du Beaujolais Nouveau.
Résultat : des vins au fruit éclatant, plus précis, qui allient la gourmandise du Gamay à une trame minérale et rafraîchissante, souvent accompagnée d’arômes de fruits rouges vifs, de pivoine, de poivre blanc, parfois de réglisse. Ce style moderne séduit d’autant plus qu’il sait rester accessible, offrant des vins à maturité plus rapide que ceux de Morgon ou Moulin-à-Vent, tout en permettant des garde de 3 à 6 ans, voire plus pour les plus ambitieux.
On note aussi un vrai souci de produire des vins digestes, sans artifice, privilégiant la buvabilité et la sincérité de l’expression. Beaucoup de vignerons expérimentent des rendements plus faibles, une vendange à maturité parfaite, ou encore des interventions minimalistes (peu ou pas de SO2 ajouté). Pour preuve, Régnié figure en bonne place sur les cartes de vin au verre des caves à manger ou bistrots réputés à Lyon, Paris ou Bruxelles, apprécié pour son côté polyvalent à table et sa capacité à surprendre sur une poêlée de champignons, un tataki de thon ou même une raclette.
Si Régnié est moderne, c’est aussi grâce à quelques noms qui ont hissé l’appellation sur le devant de la scène, à commencer par la famille Descombes, formateur pour toute une génération, ou encore Jean-Paul et bientôt Jules Dubost, ambassadeurs d’une vision exigeante mais décomplexée du Beaujolais (voir “La Revue du Vin de France“, numéro spécial Beaujolais 2022).
Parmi les figures de proue contemporaines, on peut citer :
On estime qu’en 2023, plus de 20 % des vignerons du cru ont moins de 40 ans et que les femmes représentent un quart des exploitations conduites ou co-conduites (sources : Inter Beaujolais, magazine “Terres de Vins”).
Régnié se démarque aussi par sa capacité à se raconter : ouverture des chais, visites thématiques, soirées avec artistes et dégustations destinées à un public large. Les “Régniévores”, ou “Régnié s’Affiche”, témoignent d’un ancrage local mais aussi d’une volonté d’ouverture à la gastronomie contemporaine grâce à des collaborations avec des chefs, fromagers ou bouchers réputés (voir Le Fooding, édition 2023).
Cette démarche collégiale, plus horizontale que dans certains crus historiques, s’accompagne d’une communication claire, vivante, souvent teintée d’humour. Plusieurs vignerons, mais aussi la “Jeune Chambre Économique de Régnié”, portent la voix du cru dans des salons en France ou à l’étranger.
Évolution du volume (sources : Inter Beaujolais) :
| Année | Production annuelle (hl) | Bouteilles (estimation) |
|---|---|---|
| 1990 | 13 500 | 1,8 million |
| 2000 | 17 000 | 2,3 millions |
| 2022 | 18 500 | 2,5 millions |
Ce qui rend Régnié unique, c’est cette capacité à fédérer l’ancien et l’actuel : on y trouve des vieilles vignes centenaires comme des domaines récents, une soif de collaborer, d’inventer, d’oser parfois, sans jamais trahir l’esprit du Beaujolais. Ce n’est pas l’effet d’une mode, mais celui d’un projet collectif enraciné dans le terroir et ouvert sur le monde.
Si Régnié a su très vite gagner le respect des sommeliers et des amateurs avisés, il continue de séduire de nouveaux publics grâce à la sincérité de ses vins et l’énergie chaleureuse de ses habitants. Un cru à suivre, pour comprendre comment tradition et modernité peuvent, ici, avancer de concert.