Styles de vinification nature à Moulin-à-Vent : une mosaïque en trois familles
À l’écoute de la dizaine de domaines emblématiques et des micro-négociants qui animent ce courant, plusieurs approches se distinguent désormais nettement dans le verre comme à la vigne. Trois axes principaux structurent ce renouveau nature.
1. La vinification semi-carbonique sans soufre ajouté : l’énergie au naturel
Il s’agit en quelque sorte de la signature historique du Beaujolais, remise au goût du jour : grappes entières, cuvaison courte (4 à 8 jours), macération en cuve béton ou inox, sans ajout de SO₂ — ni à l’encuvage, ni à la mise en bouteille. Ce style tend à privilégier le fruit croquant, les arômes floraux (violette, pivoine) et cette fameuse « buvabilité » célébrée dans les dégustations contemporaines.
Des vignerons comme Jean Foillard (qui signe quelques Moulin-à-Vent à partir de 2016 sur le secteur du Bois du Py), ou Anthony Thévenet, illustrent ce retour à l’épure. Les vins affichent alors :
- Une robe cerise brillant, limpide.
- Un nez intense de fruits rouges frais, parfois quelques notes « pop » de bonbon anglais ou de rose séchée.
- Une bouche souple, vive, avec une fraîcheur presque salivante.
Ce profil, très accessible, révèle aussi ses limites : une relative fragilité à l’oxygène, des notes parfois « perlées » en jeunesse, et un potentiel de garde inférieur aux grands classiques du cru.
2. Infusion longue et grappes éraflées : élégance et verticalité
D’autres domaines, souvent plus récents ou issus d’un parcours en Bourgogne ou dans le septentrion, adoptent la logique dite de l'« infusion ». Le raisin, éraflé partiellement ou totalement, fermente avec une extraction minimale : remontages rares, pigeages infimes, parfois pas de contact avec le bois. L’enjeu : retrouver la pureté du fruit, mais sur une trame plus structurée, soyeuse, plus apte à la garde.
- La macération s’étend jusqu’à 2 à 3 semaines à basse température.
- L’accent est mis sur la tension, les tanins fins et la transparence du millésime.
- SO₂ parfois à la mise, très faiblement (< 15 mg/l).
Le Domaine Les Côtes de la Molière (brillamment mené par Isabelle et Bruno Perraud) et le Domaine Thillardon (Paul-Henri et Charles Thillardon, pionniers du « nature » local, reconnus pour les cuvées « Vignes centenaires » ou « Les Michelons ») représentent cette esthétique. Leurs vins allient toucher de bouche cristallin et intensité du terroir, rappelant parfois la grâce d’un gamay d’altitude.
3. Élevages oxydatifs, amphores et expérimentations : la signature de l’avant-garde
Depuis 2015-2016, quelques cuvées ultra-confidentielles apparaissent, portées par des profils de vignerons « chercheurs », parfois venus d’autres horizons. Ici, les jus sont vinifiés naturellement (levures indigènes, pas d’intrants) puis élevés en amphores de grès, en jarres, ou bien subissent un élevage sur lies puissamment réducteur ou, au contraire, favorisant le contact résiduel à l’oxygène (porosité du contenant).
- Élevages en amphore entre 7 et 15 mois.
- Texturer la matière sans tannicité marquée.
- Élaborer un goût de terroir prioritaire sur le variétal, parfois limite « orange » ou « flor » à la dégustation.
Des « OVNI » signés par exemple du Domaine Janin (cuvées micro-parcellaires et expérimentations en grès sur les millésimes 2018-2020), ou encore la cuvée d’agroécologie du Domaine Chermette, qui expérimente des élevages longs en œuf béton sur certains essais.
Les vins qui en résultent étonnent tant les amateurs que les sommeliers : on y trouve des notes d’épices, de fruits secs, une bouche élargie mais sans lourdeur, souvent dénuée de marqueur classique du gamay. Un style plus clivant, quasi confidentiel, pensé pour interroger la notion même d’identité du cru.